Clavreul (et le Printemps républicain) ne mérite pas la moyenne

Qui a déclaré qu’à l’instar des catholiques pendant 130 ans, les musulmans deviendraient républicains à force de se faire taper dessus ? De nombreux cadres du Rassemblement national signeraient cette affirmation sans sourciller. Sauf qu’il s’agit de Gilles Clavreul, figure importante du Printemps Républicain, groupuscule très influent auprès du gouvernement.

 

Dans une enquête réalisée par Slate.fr sur le Printemps républicain, Gilles Clavreul déclare : « Vous savez pourquoi les catholiques sont devenus républicains ? C’est parce qu’on leur a tapé dessus pendant 130 ans. On n’en est qu’au début pour les musulmans. »

Des propos qui rejoignent ceux du député du Rassemblement national Louis Alliot, prononcés le 30 octobre 2019 : « en 1905, vous croyez que les lois contre le catholicisme se sont imposées comme ça en tenant compte de ce que pensaient les catholiques ? On leur a imposé la loi et ils ont respecté cette loi. »

Si Clavreul était mon élève, une telle affirmation ne mériterait même pas la moyenne. Dans notre période d’extrême confusion, que certains aient cette vision de la laïcité ne m’étonne pas : Marine Le Pen s’affirme bien comme « profondément laïque ». Ce qui mérite notre attention c’est que cet individu et son groupuscule du Printemps républicain influencent (dictent ?) la politique gouvernementale à l’égard des musulmans.

Deux points à rappeler.

L’Église catholique du XIXe siècle avait la main sur une part considérable de la société (école, droit civil…) et pesait dans les décisions politiques. La loi de 1905 vient terminer une politique initiée par les républicains de la IIIe République visant à remettre entre les mains de l’État les prérogatives évoquées précédemment, tout en assurant aux citoyens français non-catholiques de ne jamais se sentir lésés par des prises de décision politique. L’Église est séparée de l’État.

Qu’on m’explique aujourd’hui quel est le pouvoir des musulmans sur l’État ou ses prérogatives ? Des pressions locales, que la loi permet de combattre, ne peuvent en aucun cas être comparées au pouvoir du clergé catholique en France avant 1905 ! D’ailleurs, la laïcité n’a pu à s’imposer à l’islam car cette religion s’est développée dans une France déjà laïque. Les premières associations du culte musulman ne pouvaient ni contourner ni modifier la loi : elles s’y sont soumises.

Deuxièmement, la laïcité ne s’est pas imposée en « tapant » sur les catholiques. À moins de réécrire l’histoire, il reste indéniable que la loi de 1905 est d’abord un compromis visant au respect de toutes les croyances, non pas un front contre la religion en société. Des visions différentes de la laïcité se sont affrontées pendant les dix-huit mois de débat. L’objectif d’Aristide Briant, le rapporteur de la loi, était de parvenir à un juste milieu prévenant toute division de la société.

Faire de la laïcité une arme contre la présence religieuse dans la sphère publique est une déformation de la loi de 1905, d’ailleurs bien visible par la nécessité des prétendus défenseurs de la laïcité de multiplier de nouvelles lois pour assurer « leur » vision de la laïcité : loi de 2004 interdisant le port de signes religieux à l’école, circulaire Chatel de 2012 contre le port de signes religieux pour les accompagnatrices de sortie scolaire, loi de 2021 contre le séparatisme…

Comme le dit Jean Baubérot : « la laïcité c’est la liberté imposée aux religions et non la répression des religions. »

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